vers une filière agroalimentaire plus agile et durable grâce à la mutualisation

En Valais, la mutualisation est bien plus qu’un concept : elle se pratique concrètement sur le terrain. Dans les vergers, les caves ou les ateliers, elle permet de valoriser des ressources existantes – équipements, savoir-faire, surfaces – tout en stimulant l’innovation et la collaboration. Les témoignages recueillis lors de la table ronde, organisée dans le cadre d’un événement porté par le Cluster Food & Nutrition et Star’Terre, en témoignent : des formes variées de coopération émergent, portées par une volonté de collaboration pragmatique et durable.

pensé à l’origine pour valoriser les fruits bio jugés non conformes à la vente en frais, le drinklab de biofruits devait répondre à un besoin interne de transformation en jus et nectars. le potentiel de cet outil s’est vite avéré plus large que les seuls besoins de biofruits, ouvrant la voie à de nouvelles collaborations. grâce au bouche-à-oreille, des start-up sont venues solliciter l’infrastructure, d’abord pour des boissons contenant de la spiruline, puis pour des boissons fermentées ou gazeuses. l’offre s’est élargie au fil des projets, intégrant des besoins variés (emballage, matières premières, logistique). aujourd’hui, le drinklab accompagne les entrepreneurs de l’idée à la bouteille, en leur proposant un encadrement technique complet et un réseau de partenaires. pour biofruits, cette mutualisation permet d’amortir les investissements en infrastructures, en surfaces et en ressources humaines, tout en renforçant l’écosystème agroalimentaire local.

autre exemple évoqué par julien gonthier, directeur de biofruits: la mutualisation de la vente des fruits frais via alpfruits. en transférant cette activité à un partenaire déjà implanté sur le site et actifs dans le même secteur, biofruits a réduit ses ressources internes dédiées à la vente, tout en améliorant l’efficacité et la cohérence de la distribution auprès de clients communs (coop, migros). si le gain financier direct n’est pas évident, cette approche renforce les synergies et optimise les processus.

depuis plus de 20 ans, la famille rouvinez collabore avec biofruits, notamment pour le stockage temporaire des raisins en chambres froides – une solution ponctuelle mais efficace, évitant des investissements pour une utilisation limitée. le drinklab illustre aussi cette logique de partage : rouvinez y embouteille une limonade, y teste des bières bio, et utilise le tunnel de pasteurisation comme étape expérimentale avant tout investissement propre. cette approche pragmatique se retrouve également dans la création conjointe d’une micro-brasserie à martigny, fruit d’une rencontre avec un investisseur. disposant déjà d’un business plan et d’un espace, rouvinez a su mutualiser une chaîne de production adaptée. d’autres collaborations ont vu le jour pour l’embouteillage à façon de vins spécifiques en dehors de leur propre ligne.

toutes les mutualisations ne rencontrent pas le succès espéré. ainsi, le projet d’un centre d’embouteillage commun à rouvinez, provins et orsat, installé à martigny, visait à regrouper les investissements dans un site de référence pour le valais. malgré une exploitation de dix ans, l’initiative n’a pas perduré. les freins : complexité logistique, outils partagés en simultané (pressoir, encavage), mais surtout des réticences liées à la concurrence directe et à la préservation du savoir-faire. ce cas souligne que la réussite d’une mutualisation ne repose pas uniquement sur les infrastructures, mais avant tout sur la confiance, la gouvernance et une volonté claire et partagée de collaboration.

pour alexandre fricker, directeur d’opaline, la mutualisation ne fonctionne que si elle s’appuie sur une vision et des valeurs communes. avec biofruits, le rapprochement s’est fait naturellement : même attachement à la durabilité, à l’ancrage local et à l’authenticité. très vite, les deux entreprises ont su conjuguer intelligemment leurs forces, en partageant des compétences en production, communication ou distribution. aujourd’hui, cette collaboration s’est renforcée par des choix stratégiques réciproques : opaline a délégué à biofruits la gestion de la relation avec les producteurs, tandis que biofruits a fait le choix de ne plus investir dans la commercialisation de ses propres jus. ces concessions réciproques montrent que la mutualisation implique parfois de renoncer à certaines prérogatives individuelles, au profit d’une efficacité collective et d’une vision partagée. une belle démonstration que coopération rime avec confiance, alignement et lâcher-prise.

tous les participants s’accordent sur une série de recommandations pour faire de la mutualisation un vrai levier de développement :

l’événement l’a montré : la mutualisation ouvre la voie à des pratiques plus durables, plus intelligentes, au service d’un tissu économique local fort. phytoark soutient pleinement ces démarches et encourage la poursuite de telles initiatives, qui font émerger des modèles innovants et reproductibles dans d’autres secteurs.

propos recueillis à vétroz, le 28 octobre 2025

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